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Parole d'expert : Alex J Jefferies

Directeur chez MDI Digital Ltd

15 Jun. 2020
Christophe Bicchierai Consultant - Expert rendu
Christophe Bicchierai


Après avoir été diplômé de l’Arts Institute de Bournemouth, Alex J Jefferies a commencé sa carrière en tant que 3D généraliste chez Digital Progression pendant 7 ans. En 2008, il s’est installé à Norwich pour prendre les rênes, avec Matthew Dartford, de MDI Digital Ltd dont ils sont les deux membres. Ensemble ils produisent des oeuvres numériques de qualité, mais également du contenu visuel pour la publicité, l'édition et les industries multimédia. Avec près de 20 ans d’expérience, Alex aime toujours autant le monde de la 3D et quand il ne travaille pas sur des projets professionnels, il met son talent au service de ses propres créations.   




Dîtes-nous en un peu plus sur votre travail pour Xfinity Mobile : The Digital Dancers. Comment avez-vous choisi et adapté les textures et la 3D au style de chaque danseur ?

L’idée de départ était que chaque danseur représente un style de musique et que cela serait figuré par son apparence et sa façon de bouger. La direction artistique de chaque danseur a été donnée par le client et chacun avait ses propres challenges. On trouve énormément de danseurs parmi les artistes qui font de la mocap et sur des réseaux comme Instagram par exemple. Alors le but, c’était de de s’assurer que chacun soit suffisamment original et inattendu. Pour le personnage en boule disco, on avait besoin qu’il s’éclate en pièces minuscules et se reforme. Le personnage lumineux prend vie à partir de milliers de points brillants. Quant au personnage poilu, la fourrure se sépare dans différentes directions et s’enroule dans une sorte de houla hoop ! Un des plus gros défis de ce projet a été de travailler avec de vrais danseurs pour créer et chorégraphier la capture d’images. J’avais beaucoup d’expérience dans la mocap mais notre studio maison était trop rudimentaire pour capter l’intensité des mouvements comme on le souhaitait alors on a upgradé notre installation en incluant la suite XSens MVN animate et tout s’est assemblé de manière vraiment sympa.







Vous créez des rendus photoréalistes pour des marques prestigieuses comme Cadbury, Philadelphia ou Puma : dans quelle mesure la combinaison 3ds Max + V-Ray est-elle la meilleure pour le faire et en avez-vous essayé d’autres ?


Je travaille sous 3ds Max depuis mon école d’art en 1999. Au fil du temps, j’ai utilisé de nombreuses autres applications comme Maya ou C4D mais la plus grande connaissance (et du coup la vitesse d’exécution) me ramène toujours à 3ds Max. Cela étant, il y a tout un tas d’outils 3D que nous utilisons sur chaque projet comme ZBrush, Marvellous Designer, Motion Builder, Substance Painter...etc. mais 3ds Max reste notre principal cheval de bataille. Cela dit, je ne sais pas si ça serait toujours le cas s’il n’y avait pas V-Ray. J’utilise V-Ray depuis les toutes premières versions (autour de 2001 je pense ?), c’en était au point où, alors que je travaillais professionnellement depuis quelques mois seulement, je l’ai installé secrètement sur mon PC du boulot. Une fois que tout le monde a vu les résultats, ils ont instantanément changé et l’ont adopté pour pratiquement tous les projets. Je sais qu’il existe plusieurs autres moteurs fantastiques mais une fois encore, l’habitude, la vitesse et les impératifs professionnels font qu’on peut obtenir très vite le résultat que l’on veut avec V-Ray. Honnêtement, j’aimerais vraiment essayer d’autres moteurs mais je manque clairement de temps pour le faire.



Brexit, Covid… Depuis quelques mois, le Royaume-Uni a été bousculé par différents événements. Quels en seront les impacts sur le monde de la 3D et dans l’industrie des VFX dans les prochaines années ?


Oh oui c’est vrai, quelle année chargée ! Je n’ai vraiment aucune idée des conséquences du Brexit sur notre industrie parce que même à ce stade, personne ne sait encore réellement quelle forme il va prendre. Mon associé et moi-même avons été anéantis quand nous avons vu qu’une majorité de britanniques avait voté pour quitter l’Europe et j’ai toujours le sentiment que c’est une erreur catastrophique. J’ai de la famille et des amis un peu partout sur le globe et je parcours régulièrement l’Europe pour le travail ou le plaisir. L’idée que nos enfants n’auront pas ces mêmes libertés et opportunités que les générations précédentes, moi y compris, me déprime profondément.

Bien sûr, le Covid 19 est un bien plus gros problème maintenant et même après quelques mois, nous sommes encore en train de nous adapter pour travailler de chez nous. Je n’ai toujours pas accès à tout le hardware que j’ai l’habitude d’avoir au bureau, principalement parce qu’il n’y a pas la place dans ma maison ! Cela dit, nous nous appuyons sur des solutions dans le cloud, des stations remote et des renderfarms (comme le RANCH) et même s’il y a une courbe d’apprentissage, on s’en sort plutôt bien.

Ce que j’appréhendais, c’était un retour du crash de 2008 où une grande quantité de travail a disparu en une nuit. Après tout, si nous remettons les choses en perspective, ce que nous faisons n’est pas vital. Mais jusqu’à présent, je n’ai jamais été aussi occupé. Je pense que les limites de la distanciation sociale ont poussé beaucoup d’entreprises à pivoter vers des options d’animation 3D à la place des shootings photo ou du live action. Le plus gros impact pour moi maintenant porte sur la gestion des enfants. A la maison nous en avons deux, de 4 et 7 ans, et jongler entre les devoirs, les repas et le business pour continuer à mettre à manger sur la table est extrêmement difficile. La plupart de nos clients sont sur le même bateau et sont très compréhensifs mais la conséquence c’est qu’on peut travailler jusque très tard dans la nuit pour rattraper les heures manquées dans la journée. Mais en définitive, je suis reconnaissant d’être dans une industrie où il y a toujours de la demande et même si voir et parler à des gens en face à face me manque beaucoup, j’ai conscience qu’avoir un job qui me permette de travailler à la maison sans trop de perturbation est un vrai privilège.

D’un point de vue personnel (et probablement naïf !), j’espère très sincèrement qu’un événement aussi radical et universel que la Covid-19 créera un sentiment d’unité international. Nous nous en sortons pour l’instant et personne ne sait encore à quoi ressemblera le monde d’après mais j’espère profondément que cette expérience commune nous rapprochera plutôt qu’elle ne nous divisera.

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